FACE-À-FACE |
||
|
|
|
FACE-À-FACE #01 XAVIER NOIRET-THOMÉ / PAUL CASAER CONTRANSMAGNIFICANDJEWBANGTANTIALITY 28/04 - 21/05/2011 Finissage le samedi 21 mai de 13h à 18h Lieu : 59 rue de Flandre, B-1000 Bruxelles (metro : Ste Catherine) Heures d’ouverture Mercredi au samedi, 13h – 18h ou sur rendez-vous Ce projet s'inaugure avec une exposition de deux artistes de la même génération vivant à Bruxelles, le peintre français Xavier Noiret-Thomé et le sculpteur belge Paul Casaer. Il me semble pertinent de réunir ces deux artistes dans une même exposition car si la pratique et les références de chacun semblent a priori éloignés, il existe néanmoins des passerelles réelles entre leur démarche qui méritent d'être mise en avant. Notamment les emprunts qui sont fait à certains éléments iconographiques de la culture populaire, tout comme la poésie et l'humour délicat qui se dégage de leurs œuvres. |
|
Le titre de l'exposition CONTRANSMAGNIFICANDJEWBANGTANTIALITY est un mot à tiroirs issu d'Ulysses de James Joyce. Ce mot à la fois drolatique, grave et insaisissable reflète bien le travail de Paul Casaer et Xavier Noiret-Thomé. |
|
|
Texte de Benoit Dusart Contransmagnificandjewbangtantiality D’abord le titre. Une ode à l’expression empruntée à James Joyce. Un terme qui étend la géographie du sens en son amont fabuleux, ouvrant l’horizon sur un monde perméable aux désirs de dire et de faire, de détruire et de recomposer, d’emboutir pour édifier. A rebours des certitudes, en deçà ou au-delà du saisissable et des tautologies qui lestent le réel des tentatives idiotes à le contenir - l’auteur de Finnegans Wake trace avec ce mot l’une des lignes de fuites qui parsèment le territoire d’Ulysse, chef-d’œuvre de la littérature du XXième siècle et source d’inspiration inépuisable pour qui cherche à télescoper les limites conceptuelles balisant son rapport à la réalité. Piège à penser, contransmagnificandjewbangtantiality, (qui évoque entre autre la consubstantialité du Père et du Fils, la transsubstantiation et la question des origines du christianisme..), exigerait pour lui seul une encyclopédie –et comme toute œuvre d’art, en garderait le dernier mot… Il n’est pas étonnant que Paul Casaer et Xavier Noiret-Thomé aient retenu ce titre pour cette première édition de FACE-À-FACE. Joyce, à travers les personnages programmatiques de Léopold Bloom et Stephen Dedalus, aborde la question de la dualité ; Contransmagnificandjewbangtantiality, suggère une forme de totalité (sémantique, voire spirituelle,…sans que celle-ci ne se rabatte sur l’unité). Faut-il y voir un programme ? A tout le moins, un désir de réunir deux artistes en un lieu qui, le temps d’une exposition, verrait leurs œuvres dialoguer. La démarche est rare : les galeries juxtaposent, les institutions thématisent. FACE-À-FACE offre carte blanche. Carte qui se chiffonne et se recompose au gré d’un accrochage qui n’élude pas les tensions. Si, entre les deux artistes, le raccord tient de l’emboutissement, l’onde de choc n’est pas sans amplifier la perception des enjeux qui animent l’un et l’autre. Le mariage entre la peinture de Xavier Noiret-Thomé et les sculptures de Paul Caesar est tout aussi cohérent qu’électrique. On connaît leurs facultés à rétablir la dimension sublime des choses les plus incongrues, à priori les plus kitchs et populaires : toile d’araignées, bretzels, chrome, élastiques, flûte à bec, pacotilles… Avec une légèreté amusée et un plaisir non feint, les artistes collationnent, assimilent et cannibalisent ces éléments, sans jamais verser dans le cynisme ou le simple braconnage esthétique. Primesautière sans être railleuse, l’attitude bouleverse les codes du goût, et, l’air de rien, nous en émancipe. Au-delà, il y a la féerie crépusculaire que l’on retrouve chez l’un et l’autre. Tragi-comique, voire mélancolique, celle-ci nimbe l’ensemble de leurs œuvres. On n’est jamais loin des vanités. Douces heureuses, dégagées des lourdeurs du pathos, presque à la fête, celles-ci se lisent en filigrane de tableaux et de sculptures qui, s’ils puisent dans cette tradition, la réforme de son caractère inquisiteur. Ces positions communes s’investissent de façons différentes. On peut distinguer le coté abrasif et jubilatoire des peintures et le minimalisme riant des sculptures. Mais il serait faux de dire que Noiret-Thomé ajoute lorsque Casaer retranche. Ce n’est pas si simple. A l’image de Joyce, les deux artistes amalgament et totalisent. Mais cette totalité n’a rien de démonstratif ou de définitif. Disons qu’elle englobe à la fois le champ et le hors champs, une myriade de lignes de fuites, quelques chausses trappes qui conjointement étendent, agrègent et densifient la perception qu’on peut avoir de leur travaux. Absolument accueillants et généreux, ceux-ci appellent plus qu’une attitude contemplative. Les œuvres sont à tiroir, transcendent à tous coups l’anecdote. Rebus rébus, la flûte brisée de Paul Casaer suggère mille récits. Lui faisant face, La Thingummy painting de Xavier Noiret-Thomé évoque plus qu’un univers… Contransmagnificandjewbangtantiality, au-delà de sa force dialectique, suggère encore une absence. Profondément joyeuse, celle-ci exauce peut-être ce vœu : que chaque pièce soit la pénultième, agglutinant les autres en un ensemble, dense et florissant, potentiellement infini. |
||